Stéphane Reynolds de Cain Lamarre, celui qui se vantait d’être qualifié de “boss des bécosses”, se vante maintenant d’être devenu le “boss du financement” du journal La Tribune/Coops de l’information
« J’avais la mauvaise réputation d’être ce qu’on appelait affectueusement un "boss des bécosses" »
Stéphane Reynolds,
en 2008 pour le Journal UdeS
Le 9 juillet 2026, La Tribune annonçait que l’avocat Stéphane Reynolds du cabinet d’avocats Cain Lamarre était devenu le président du Conseil d’administration de la Fondation des coops de l’information, dont La Tribune fait partie, qui ramasse de l’argent pour payer leurs journalistes pour écrire des articles et pour couvrir d’autres dépenses de ce réseau de journaux provinciaux du Québec, Canada.
Le journalisme régional sous dépendance financière
Un avocat d'affaires en exercice à la direction d’un organisme de financement médiatique?
La mission première de la presse est la recherche de la vérité et d'informer le public de manière neutre et désintéressée. Mais comment garantir cela lorsque la personne qui contrôle les cordons de la bourse des journalistes a pour métier de défendre des intérêts privés?
Le 14 juillet 2026, la directrice adjointe de la LIGUE DES DROITS ET LIBERTÉS UNIVERSITAIRES, la juriste Alexandra Captariu, a souligné, dans un commentaire percutant sur le réseau social dédié aux professionnels LinkedIn que cette apparition de Stéphane Reynolds à la tête du financement de La Tribune et des autres journaux provinciaux sous le parapluie des Coops de l’information est, contrairement à ce que Stéphane Reynolds prétendait, une apparition intéressée :
Un modèle d'affaires transactionnel déguisé en service à la collectivité
Je partage entièrement cette remarque. Connaissant la mentalité et le modus operandi de plusieurs avocats de Cain Lamarre contre lesquels j’ai plaidé à plus d’une reprise durant ma carrière d’avocat, connaissant Stéphane Reynolds et son modèle d’affaires, modèle qu’il dissimule à peine mais qu’il ne cache pas complètement dans l’entrevue qu’il a donnée au journal qu’il finance (c’est-à-dire racoler des clients et leur offrir la possibilité, si le besoin se présente, de se servir de ses contacts dans les médias pour les faire “bien paraître” dans les journaux), il me paraît clair que “ses motivations” derrière son “implication” dans les médias ne sont pas liées au fait de se mettre “au service de la collectivité”, mais plutôt de mettre les médias, dans lesquels il s’implique ou dans lesquels il a des contacts, au service de ses intérêts et des intérêts de ses clients :
“Les médias locaux mettent en lumière les entreprises, les organismes, les élus et les citoyens qui façonnent notre communauté” [et qui sont les clients de Stéphane Reynolds - nous enseigne-t-il à lire entre les lignes],
déclarait Stéphane Reynolds, avocat Cain Lamarre
chargé de cours à la Faculté de droit de l’Université de Sherbrooke
Autrement dit, des intérêts ténébreux, rebaptisés en « implication communautaire » et « service de la collectivité ».
Sortir le vieux slogan de la philanthropie désintéressée ne convainc plus. « Le Parrain » était aussi un généreux philanthrope avec « sa communauté ».
Je doute donc fortement des motivations déclarées de Stéphane Reynolds quant à son « implication » dépourvue d’intérêts personnels dans les médias traditionnels québécois, concomitamment à son besoin et à celui de ses amis de ne pas se retrouver dans les médias avec l’histoire des embauches à la Faculté de droit de l’Université de Sherbrooke (pour plus de détails sur ce sujet, voir ici : https://www.claudiu-popa.com/sur-le-milieu-universitaire).
La collègue de Reynolds, Gina Doucet, a essentiellement avoué que la proximité de ce cabinet d’avocats d’affaires avec les médias constitue une stratégie d’affaires et elle nous a même expliqué “comment ça marche” : “si vous avez besoin d’une couverture médiatique favorable (ou si vous avez besoin que les médias ne parlent pas de vous), venez nous voir, on a des contacts dans les médias et on vous arrange ça”. Pour reprendre ses mots :
« Au fil des ans, Cain Lamarre a su tisser un imposant réseau de contacts et a à cœur d’en faire bénéficier sa clientèle. Nos professionnels cultivent et entretiennent des relations qui s’avèrent stratégiques auprès, notamment, d’hommes et de femmes d’influence au niveau municipal, provincial et national, de cabinets nationaux et internationaux,
de médias de toutes sortes ».
« Non seulement la solution de problèmes juridiques peut être facilitée par l’utilisation judicieuse d’un tel réseau, mais celui-ci favorise également le maillage et agit comme levier économique pour plusieurs de nos clients ». « L’efficacité de ce réseau est aussi renforcée par l’engagement socioéconomique de nos avocats et notaires. »
- Gina Doucet, avocate et directrice exécutive de la pratique professionnelle, Cain Lamarre, 2023-2024